Industrie France : faillites et transmissions en recomposition
Par Léo Piquemal
il y a 2 mois
- Les défaillances atteignent 65 764 en 2024 (+28,6% vs 2019)
- L’industrie progresse modérément (+3,4% en 2025)
- Les taux élevés et les coûts influencent les marges
- La transmission devient un facteur structurel majeur
Les dernières données disponibles confirment une recomposition progressive de l'industrie française. Selon la Banque de France, 65 764 entreprises ont fait défaut en 2024, contre 51 145 en 2019, soit une hausse d'environ 28,6%. Après une période exceptionnellement basse entre 2020 et 2021 liée aux dispositifs de soutien public, cette évolution traduit un retour vers des niveaux historiquement observés, voire légèrement supérieurs.
Dans le détail sectoriel, l'industrie reste moins exposée que d'autres secteurs mais suit une trajectoire similaire. Les défaillances industrielles ont atteint 4 249 en 2024, en hausse de 8,0% sur un an, puis 4 404 en 2025, soit une progression de 3,4% supplémentaire. Cette évolution traduit une normalisation progressive plutôt qu'une rupture brutale.
Comme le souligne Reuters, 'la hausse des défaillances d'entreprises reflète une normalisation après des années de soutien public pendant la pandémie' (Reuters).
En parallèle, la dynamique industrielle française reste positive mais en ralentissement. Le baromètre industriel de l'État indique un solde net d'ouvertures de sites industriels de +176 en 2022, +189 en 2023, puis +89 en 2024, soit une baisse d'environ 52,9% entre 2023 et 2024. Les données disponibles pour 2025 confirment un maintien en territoire positif sans précision annuelle consolidée à ce stade.
Les conditions financières expliquent en partie ces évolutions. La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt de -0,50% jusqu'en juillet 2022 à 4,00% en septembre 2023. Selon le Financial Times, 'la hausse du coût de l'emprunt commence à peser sur les petites entreprises européennes' (Financial Times), notamment dans les secteurs industriels intensifs en capital.
Par ailleurs, les prix de l'énergie ont fortement fluctué. Selon Eurostat, les prix de l'électricité pour les entreprises dans l'Union européenne ont atteint 0,1987 €/kWh au second semestre 2022 avant de refluer autour de 0,156 €/kWh en 2025. Malgré cette baisse, ils restent supérieurs aux niveaux les plus bas observés avant la crise énergétique.
Ces dynamiques s'inscrivent dans un contexte international comparable. Aux États-Unis, les dépôts de bilan d'entreprises ont augmenté de 29,9% en 2023 puis de 22,1% en 2024 selon les juridictions fédérales. Le Wall Street Journal observe que 'les faillites augmentent à mesure que les aides liées à la pandémie disparaissent et que les taux d'intérêt restent élevés' (Wall Street Journal). En Allemagne, les statistiques officielles indiquent également une remontée des insolvabilités d'entreprises.
Au-delà des facteurs conjoncturels, la transmission d'entreprises constitue un enjeu structurel croissant. Selon Bpifrance Le Lab, environ 370 000 entreprises seront à transmettre en France d'ici 2030, représentant près de 3 millions d'emplois. L'INSEE indique que plus de 25% des dirigeants de PME ont plus de 60 ans, accentuant les besoins de succession.
En 2024, environ 26 000 entreprises ont été effectivement transmises, pour un potentiel estimé à 74 000, ce qui illustre un déséquilibre entre l'offre et la demande de reprise. Dans certains cas, l'absence de repreneur conduit à la cessation d'activité d'entreprises pourtant économiquement viables.
Ces situations ont des implications territoriales. Dans certaines zones industrielles, les PME structurent l'emploi local et les chaînes de sous-traitance. Leur disparition peut avoir des effets en cascade sur l'écosystème économique régional.
À l'international, des dynamiques similaires sont observées. Au Japon, les autorités économiques alertent sur les fermetures d'entreprises liées au vieillissement des dirigeants. En Italie, la Banque d'Italie souligne également les difficultés de transmission dans les entreprises familiales, qui constituent une part importante du tissu productif.
Il convient néanmoins de distinguer les différentes formes de défaillances. Les statistiques disponibles ne permettent pas toujours de différencier précisément les cessations liées à des difficultés économiques de celles liées à des enjeux de succession. Selon une source non vérifiée du secteur financier, la part des cessations liées à la transmission pourrait être en augmentation.
Dans ce contexte, l'évolution de l'industrie française reflète l'interaction entre normalisation post-crise, conditions financières plus strictes et transformations démographiques, dans un environnement international également en mutation.
FAQ
Les faillites sont-elles supérieures à avant Covid ?
Oui, elles dépassent d'environ 28,6% le niveau de 2019 selon la Banque de France.
Quel est l'impact des taux d'intérêt ?
La hausse du taux de dépôt de -0,50% à 4,00% augmente le coût du crédit pour les entreprises.
Pourquoi la transmission est-elle stratégique ?
Le vieillissement des dirigeants entraîne un nombre croissant d'entreprises sans repreneur identifié.